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Istres: interview de François BERNARDINI par Henri VARIO-NOUIOUA



Photo D. Baroudi
Henri VARIO-NOUIOUA : Monsieur BERNARDINI, avec la démission de Michel Caillat, n'avez vous pas l'impression que les Istréens doivent arbitrer une querelle personnelle ?
François BERNARDINI : Tout à fait, et cela est bien regrettable. Cette élection n'a qu'un but, celui de m'empêcher de retourner sur la scène politique istréenne.
Pour y parvenir, Caillat n'a pas hésité à prendre en otage notre ville. Son objectif est préparé depuis plusieurs semaines. Déjà le 12 septembre, il a demandé au groupe majoritaire de démissionner. Abasourdis par cette proposition, les élus ont refusé, lui demandant même de clarifier sa position pour les prochaines élections.
Devant son silence, 25 élus lui ont exprimé leur besoin d'entente mais lui ont aussi spécifié leur préférence à mon égard si lui, Caillat, optait pour une autre solution.
Caillat n'a pas apprécié ce choix de fidélité, et avec un petit groupe, il a provoqué des élections qui s'avèrent inutiles pour les Istréens, et au passage fort coûteuses, d'autant plus inutiles que nous revoterons au début de l'année 2008, et là je serai présent.
On peut qualifier son geste de manœuvre sordide à caractère purement personnel très éloigné de l'intérêt de nos habitants.


H.V.N : Vous parlez d'un accord conclu en 2002, qu'en attendiez-vous ?
F.B : Simplement qu'il soit respecté, c'est la moindre des choses.
La parole d'homme fait partie de la dignité, en politique malheureusement elle s'évapore souvent.
En 2002, lorsque Caillat s'approcha du fauteuil de maire, nous conclûmes, l'un et l'autre, que cette fonction s'achèverait au terme du présent mandat.
C'est ce que je lui ai rappelé, en ajoutant que le siège de conseiller général, avec mon entier soutien, pourrait lui être confié.
Il a jugé cette proposition insuffisante voulant être à la fois maire et conseiller général, s'ajoutant aussi à son titre actuel de conseiller régional.
Caillat a renié sa promesse et s'est transformé en ogre politique.


H.V.N : Michel Caillat évoque la trahison des élus d'Istres pour expliquer sa décision, où est la vérité ?
F.B : Quel toupet, si une seule personne doit s'estimer trahie, c'est bien moi !
Pour camoufler la vraie raison de ce départ provoqué, il épouse le rôle de la victime. Il faut lui reconnaître un certain art pour maquiller sa manipulation.
Jamais les élus n'ont exercé une pression sur lui, ils lui ont simplement demandé de respecter ses engagements, et ne désirant le faire, il a fui !
Alors que seulement 7 élus sur 39 ont démissionné, soit moins de 20 %, nous allons voter prochainement, en plus il trahit la démocratie !


H.V.N : La presse a parlé de divorce, est-ce le mot juste ?
F.B : Caillat a choisi la rupture, la conciliation est difficilement envisageable !


H.V.N : On assiste à un ballet des dirigeants socialistes pour soutenir sa candidature. Qu'en pensez-vous ?
F.B : Cela m'amuse, c'est le grand bal des hypocrites !
D'abord l'étiquette politique devient l'arme absolue de protection, pourtant en 2001, Caillat et consorts avaient été exclus parce qu'ils étaient avec moi.
Aujourd'hui, parce qu'ils sont contre moi, ils retrouvent la vertu socialiste et s'en prévalent même pour mener combat contre moi.


H.V.N : Vos anciens amis ne manquent pas d'ardeur !
F.B : C'est le moins que l'on puisse dire, la grande gouvernance du socialisme départemental et régional se remue dans tous les sens. Le premier secrétaire s'agite et s'époumone pour soutenir Caillat. Il a l'habitude des mauvais choix ! Je trouve sa fébrilité très encourageante, en bon démocrate, il organise des réunions où ne sont invités que les supporters que l'on va chercher pour la plupart dans les sections voisines.
Ceux qui émettent une autre idée, en un mot ceux qui me soutiennent, sont dégagés vers la sortie.
C'est une curieuse méthode pour des champions de la démocratie participative.
Ce qui me choque le plus, c'est que tous ces dirigeants socialistes ont une piètre opinion de Caillat, je sais pertinemment comment ils le considèrent, un homme sans envergure malléable et dangereux. Tous ont écouté la sinistre cassette, un catalogue des horreurs où Caillat proclame des mensonges orduriers à mon encontre mais aussi à tous ceux qui se propulsent au rang de soutien mais leur écœurement cède le pas devant la peur de mon retour.


H.V.N : Comment pouvez-vous réagir à cela ?
F.B : Par l'indifférence et la combativité en martelant la vérité !
Istres est ma priorité, et je n'en ai fait aucun mystère.
Si m'occuper d'Istres angoisse la fédération du PS, c'est son problème, qu'elle sache simplement que le sort d'Istres ne se traite pas à Marseille mais auprès des Istréens.


H.V.N : On parle de moyens importants mis à la disposition de Michel Caillat, qu'en est-il ?
F.B : Oui c'est vrai, le SAN est devenu le quartier général de campagne de Caillat. Les chefs de service du SAN et de la mairie sont priés de rester neutres et de délivrer le message aux agents de la collectivité comme si leur conscience devait devenir muette de peur qu'elle s'exprime positivement à son égard. La pression est partout.
Pour organiser le meeting de Caillat, les militants du département ont été requis et pourtant l'affluence a été maigrelette, masquant les défaillances du maire sortant qui mobilise chichement l'audience istréenne.
Tout cela me laisse de marbre, m'amuse même.


H.V.N : On évoque une prochaine visite d'Hollande, c'est fort non ?
F.B : J'ai beaucoup de respect pour le premier secrétaire mais je ne crois pas un seul instant que son déplacement ne saura convaincre l'Istréen qui attend un rendez-vous auprès du maire depuis 2 ans.
Je ne crois pas que son discours convaincra les demandeurs d'emploi quand Caillat ose dire que son bureau n'est pas l'annexe de l'A.N.P.E !
Toute cette agitation en fait signifie la faiblesse de Caillat, et conforte ma sérénité !


H.V.N : La phrase sur le bureau du maire qui n'est pas une annexe de l'A.N.P.E semble vous avoir choqué ?
F.B : Bigrement et comme tous les chômeurs à la recherche d'une chance de dignité !
Comment rester insensible à leur souffrance et à leur détresse quand on est le premier magistrat ?
Où est le respect, où est la considération pour cette partie de population, qui recherche le droit de vivre comme tout le monde, c'est à dire décemment !
La fonction d'un élu n'est pas de trier les moments difficiles pour conserver ceux plus plaisants. Marier le samedi c'est sympathique, mais à la portée de n'importe qui. Ecouter, partager c'est ouvrir son cœur, lancer son action pour le bonheur de l'autre ! Cette phrase était véritablement inhumaine et indigne d'un maire qui a compris son rôle.
Tous les istréens savent maintenant, par sa propre bouche, qu'ils ne peuvent compter sur lui !


H.V.N : Les problèmes d'emploi ne se résolvent pas uniquement par le recrutement municipal ?
F.B : C'est fort vrai, mais pourquoi cacher alors que si le bureau du maire n'est pas l'annexe de l'A.N.P.E, il y a eu pourtant 128 embauches depuis 6 mois ?
N'est-ce pas plutôt pour choisir, comme l'intérêt de Caillat l'entend, au mépris de toute recherche de profil ou de capacité, les candidatures que l'on juge les plus "appropriées".
Et puis quand je lis que les zones sont en plein boum, je ris, car d'une part je vois des zones commerciales et artisanales bien vides et d'autre part celles qui se remplissent le deviennent par des projets que j'avais moi-même mis en scène comme Mr Bricolage ou Vive le Jardin, deux grandes surfaces qui vont amener une centaine d'emplois. Depuis mon départ, plus rien … !
Véritablement, l'emploi sous toutes ses formes, n'est pas la préoccupation première de Caillat.


H.V.N : Vous êtes sévère avec votre successeur, c'est pourtant vous qui l'avez intronisé maire !
F.B : Oui, malgré la contestation de certains. Nous n'avions pas d'autre choix, car même si je ne dois aucun remerciement au PS, je suis respectueux de certaines règles morales.
En 2001, j'ai conduit une liste clairement identifiée à gauche. Il était donc normal que mon remplaçant soit issu de cette ligne au moment de mon départ.
Entre Caillat et Gouin, la différence militante a été rapide, le passé de gauche de Caillat plaidait en sa faveur. J'aurais pu m'en laver les mains, … il faut dire que j'ignorais à cette époque les mots "enchanteurs" de Caillat dans sa célèbre cassette.


H.V.N : Vous voilà donc aux côtés de Nicole Joulia pour préparer votre retour ?
F.B : Me voilà d'abord à côté ou derrière Nicole Joulia pour gagner cette bataille imprévue.
Nicole Joulia est une battante réfléchie. Elle a l'explosivité de l'action mêlée avec le recul de l'expérience. C'est une force dynamique de la vie istréenne. Elle est à la fois le témoin et l'actrice.
Elle écoute, elle sait faire le point après les échanges, et ensuite elle entreprend.
C'est une véritable malle d'idées dans tous les domaines, due à son intelligence naturelle mais aussi à sa disponibilité pour les gens.
C'est une femme simple, heureuse de son parcours de vie et qui veut rendre une partie de ce bonheur intérieur à la population.
En temps que professeur d'éducation physique, elle a prouvé son dévouement professionnel, comme sportive de haut niveau et on a découvert son besoin de dépassement au service d'une équipe, depuis sa fonction de directrice de la maison de la danse. Elle a donné le goût de l'art à des milliers d'amateurs dont certains sont devenus des professionnels accomplis, à la tête de ses délégations à l'Education et au Sport elle remporte l'unanimité par des décisions mûres et adaptées.
C'est un très bon choix, un choix d'évidence, elle a réellement tous les atouts d'une élue au service des autres et non à son ambition personnelle.
Elle va être entourée d'une équipe diversifiée, fondée sur les engagements loyaux et enrichie d'éléments nouveaux porteurs de leur identité et de leur qualité reconnue.
C'est un "team" très représentatif de la vie istréenne, et qui va se mettre à son service, uniquement à son service.


H.V.N : Quels vont être les thèmes de sa campagne ?
F.B : La proximité réelle et immédiate ! C'est le premier principe et je dirai le plus fort.
La population reproche à Caillat son manque d'intérêt pour elle. Pas de rendez-vous, pas de réponse au courrier, des promesses vite dites et jamais tenues, en un mot Caillat est un élu léger dont l'action essentielle est l'embrassade et rarement l'action.
Sa déclaration surprenante à propos de son bureau qui ne serait pas l'annexe de l'A.N.P.E démontre son indifférence voire même son mépris pour tous ceux qui ont une vie précaire. Où est le socialisme dans tout cela ?
Il faut impérativement rebrancher la mairie sur le cœur des Istréens. D'abord les considérer en les écoutant, ensuite les aider en agissant. Ca paraît anodin, mais à Istres l'humain a déserté le fauteuil du maire.
Cette constatation vaut également pour les préoccupations de la vie quotidienne. Prenons l'exemple d'Allo Travaux, service express que j'ai créé, un simple appel et l'intervention était réalisée dans les trois jours suivants, aujourd'hui il faut plusieurs semaines, éloquent … non ?


H.V.N : Ensuite ?
F.B : L'ambition pour notre ville ! Là également, il y a beaucoup à dire et donc beaucoup à faire !
Indéniablement, Istres n'est plus en pôle position. C'est la combinaison d'une volonté clairement affichée par les dirigeants actuels du SAN et de la complicité de nos décideurs locaux Caillat et Gouin qui par leur mollesse laisse faire !…
Les nouveaux équipements se lèvent dans les autres villes, à Istres les grues restent au ras du sol !
Quand une nouvelle structure voit le jour, c'est celle que j'avais annoncée dans mon programme et déjà entamée comme la construction de la salle polyvalente à l'école Gouin ou les terrains de tennis du Ranquet, rien de plus… l'imagination est morte.
Des services ou des manifestations qui faisaient notre réputation ont été supprimées, Informatique pour tous de Médiacit a disparu, les Estivales avec des noms internationaux se sont envolés, la structure pédagogique d'environnement déplacée à Fos, les exemples sont multiples.
Les recrutements pour des postes du SAN sont privilégiés par d'autres villes que la nôtre et on assiste à des arrivées extérieures sur des emplois courants !
Il y a une véritable stratégie d'affaiblissement d'Istres, et nos deux élus ne s'en rendent pas compte trop axés sur leur confort personnel, une voiture, une loge au stade, ça émousse l'esprit de contradiction.
Personne au fait des décisions importantes n'ignore que le siège du SAN a été remis en cause, et que Fos était susceptible d'accueillir les bureaux communautaires.
La rumeur a trouvé un écho dans la presse, et pourtant Caillat et Gouin sont restés silencieux, faisant semblant de ne pas voir que le futur centre des congrès, initialement prévu à Istres à la place de l'Usine de Rassuen, allait se réaliser à Fos, avec, mais c'est une pure coïncidence, un bloc d'accueil à dimension élective, pour les élus donc et pour les services rattachés qui quitteraient l'immeuble du Rouquier.
Si ceci n'était qu'un bruit, et bien que nos deux élus Caillat et Gouin, et les dirigeants du SAN s'engagent politiquement à conserver le siège du SAN à Istres.
Comprenant parfaitement la stratégie de minoration de la place d'Istres, je saisis pleinement l'intérêt d'avoir Caillat et Gouin au cœur du dispositif plutôt que moi, c'est doux, c'est mou, mais surtout fou pour Istres.
Je pourrais prolonger sur d'autres chapitres… mais la campagne va nous offrir d'autres plages d'explication…


H.V.N : Vous avez parlé d'un troisième pilier, lequel ?
F.B : La fidélité, la valeur enterrée de la politique. L'exemple de Bordeaux montrait une voie possible, mais Istres a fermé le débat. La fidélité n'est pas une vertu socialiste.
Fidélité envers ses engagements !
Ecouter, annoncer et agir, c'est l'engagement envers les autres.
Fidélité envers les Istréens !
La parole donnée, c'est le respect des autres.
Fidélité envers soi-même !
La parole donnée, c'est aussi affirmer sa dignité

En suivant cette ligne de conduite, on réhabilite la confiance, les Istréens ont besoin d'être rassurés.
Ils veulent un pilote qui tiendra le manche contre tous les coups de vents et qui les amènera à bon port.
Et là, il n'y a pas photo, ils savent qu'à la première vague Caillat est déjà coulé !


H.V.N : Vous paraissez excessivement serein, est-ce un réel sentiment ou une façade de campagne ?
F.B : Je suis zen car j'entends autour de moi la voix de la rue, le bon sens populaire sait lire la vérité, le message est clair, Istres ne peut rien entendre de Caillat.
Je suis serein car l'équipe est très soudée autour de Nicole Joulia qui est une tête de liste pleine d'enthousiasme et de retenue. C'est dans cette bivalence que peut naître l'action réfléchie. Ma confiance, et oui j'emploie encore ce mot est totale en elle.
Les Istréens et les Istréennes qui ont toujours voté pour moi doivent reporter leur confiance sur Nicole JOULIA. Elle, c'est moi.




Jeudi 16 Novembre 2006
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François BERNARDINI, 54 ans


Directeur Général du SAN
de 1979 à 2001
Directeur Régional d'un groupe de presse
de 2002 à aujourd'hui

Engagé au Parti Socialiste
auprès de Bernardin Laugier
depuis 1974
Premier secrétaire de la
Fédération des Bouches
du Rhône

de 1990 à 2000

Elu Conseiller Municipal
en 1977
Adjoint au Maire
en1983
Maire d'Istres
de mars 2001 à novembre 2002

Conseiller régional
en 1992

Conseiller Général
de 1988 à1998

Président du Conseil Général des Bouches du Rhône
en 1998
Député des Bouches du Rhône
de mai 1992 à avril 1993
Député Européen
de 1994 à 1999
Délégué au San Ouest Provence



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